14-Fonte

Le fonctionnement de la monnaie fondante (cliquez ici pour télécharger un pdf)

Synthèse :

  • La notion de monnaie fondante est due à Silvio Gesell, qui propose une monnaie qui se dévaluerait avec le temps, permettant ainsi de rééquilibrer le marché et de favoriser l’investissement.
  • Illustration de la monnaie fondante avec le fonctionnement de l’Abeille à Villeneuve-sur-Lot. L’Abeille perd sa valeur tous les 6 mois, pour être à nouveau acceptée dans les transactions, elle doit être « réactivée » par l’ajout d’une vignette dont la valeur est égale à 2% de la valeur nominale du billet. La fonte de 2% n’est pas ressentie comme une pénalité mais comme une contribution.
  • L’attribution du produit de cette fonte est décidée collectivement et permet de soutenir des projets d’intérêt collectif ou d’être une ressource financière supplémentaire pour le fonctionnement de la MLC.
  • La fonte fait très souvent débat au sein des associations portant un projet de MLC :
    • La fonte provoque une augmentation de la vitesse de circulation de la monnaie qui pousse nécessairement à consommer plus /  uniquement dans le réseau et pas dans l’absolu.
    • La fonte peut augmenter inutilement la complexité du projet / permettre une véritable prise de conscience sur la monnaie.
    • La fonte fixe entraîne le sentiment d’une « patate chaude » qu’on cherche à se refiler avant la date butoir et qui finit par être essentiellement payé par les commerçants. D’un autre côté on observe que cette contribution est compensée par une augmentation « opportuniste » du chiffre d’affaire.
  • La fonte dite glissante entraîne une prolongation de la date de péremption à chaque fois qu’un billet change de main, mais la somme des contributions ainsi dégagée est néanmoins bien plus faible que pour une fonte fixe.

Compte rendu :

La notion de monnaie fondante est due à Silvio Gesell qui tira de son activité de commerçant les réflexions suivantes :

  • A la différence de la marchandise, la monnaie ne se dégrade pas avec le temps et cette caractéristique donne un avantage à l’acheteur
  • La monnaie, en tant que réserve de valeur, permet aux possesseurs du capital d’attendre un moment favorable pour investir (ex: acheter à très bas prix une entreprise traversant une mauvaise passe économique)

Une monnaie qui se dévaluerait avec le temps permettrait donc de rééquilibrer le marché et de favoriser l’investissement.

En 1890, Silvio Gesell s’oppose à l’idée que des intérêts doivent être payés à ceux qui détiennent la monnaie. Il propose donc un système d’intérêts payés par ceux qui conservent la monnaie et qui ne la mettent pas en circulation. Les recettes de ces intérêts ne seraient plus versées au privé, mais reviendraient à l’État.

Ce système encourage à se débarrasser de la monnaie au plus vite et donc accélère sa vitesse de circulation en multipliant les échanges (j’ai dans la main droite des billets à valeur fixe et dans la main gauche des billets qui fondent, c’est à dire qui perdent de la valeur au cours du temps – Je préfère utiliser les billets qui fondent). On estime une vitesse de circulation en moyenne quatre fois supérieure à celle d’une monnaie à valeur fixe). L’affectation des produits de la fonte peut être déterminée collectivement.

Les monnaies fondantes affaiblissent donc la fonction de réserve de valeur de la monnaie et renforcent les fonctions de mesure de valeur et d’intermédiaire d’échange (cf.  Aristote définition de la monnaie).

Illustration de la monnaie fondante avec le fonctionnement de l’Abeille à Villeneuve-sur-Lot http://agirpourlevivant.org/

Le fonctionnement de l’Abeille émise par l’association Agir pour le vivant nous a permis d’illustrer concrètement le fonctionnement de la monnaie fondante. L’Abeille est elle-même inspirée d’expériences passées, notamment à Wörgl (Autriche) en 1932-33 et à Lignères-en-Berry (Cher, France) en 1956. Arrêtées en partie sous la pression des pouvoirs politiques en place, ces expériences eurent néanmoins sur le commerce, le chômage ou l’investissement des effets remarquables.

L’Abeille perd sa valeur tous les 6 mois (le 1er avril et le 1er octobre, dates choisies en raison de l’activité économique relativement plus faible pendant ces périodes). Pour être à nouveau acceptée dans les transactions, elle doit être « réactivée » par l’ajout d’une vignette dont la valeur est égale à 2% de la valeur nominale du billet (ex: timbre de 20 centimes pour un billet de 10 Abeilles). Cette périodicité est caractéristique des monnaies fondantes et leur taux de fonte peuvent varier selon les projets.

Il est à noter que d’après un sondage réalisé par l’association, les utilisateurs ne trouvent globalement ce système ni trop compliqué, ni trop pénalisant. La fonte de 2% n’est d’ailleurs pas ressentie comme une pénalité mais comme une contribution.

L’Abeille est émise pour 2 ans : sa durée de vie est limitée en raison de l’usure due à la circulation et aussi afin d’éviter la contrefaçon (même si aucune fraude n’a jamais été constatée, c’est un gage supplémentaire de confiance au regard des utilisateurs car le billet n’est par ailleurs pas sécurisé). Ainsi, lorsque 3 timbres ont déjà été apposés dans les cases prévues à cet effet au dos du billet, ce dernier est retiré de la circulation à échéance de la fonte et remplacé par un neuf. L’inconvénient du coût de la réimpression rapide des billets pourrait être contourné en mettant plus de vignettes (10 par exemple) sur un billet en augmentant ainsi sa durée de vie de 2 à 5 ans par exemple.

L’adhésion à l’association (préalable à l’utilisation de la monnaie), l’achat des billets et des vignettes, la conversion des Abeilles en euros (transaction entraînant une nouvelle contribution de 2% : par exemple 100 Abeilles seront converties en 98 €) se font bien sûr lors de permanences de l’association mais aussi chez les commerçants prestataires. L’équivalence entre l’Abeille et l’Euro facilite leur comptabilité et l’accumulation dans leur caisse de billets en limite de « péremption » (la contribution de périodique 2% leur revient majoritairement) n’est pas plus un problème que dans le cas des tickets-restaurants : dans les deux cas, on assiste à une augmentation « opportuniste » du chiffre d’affaire.

L’adhésion coûte 5 ou 20€ pour les particuliers (en fonction des moyens) et varie entre 50 et 500€ pour les prestataires (en fonction de l’engagement dans le projet).

Le total des adhésions et des contributions (fonte et reconversion) permettent l’autonomie du système, en dehors du salaire de l’animateur du réseau, poste indispensable au bon fonctionnement et au développement d’un projet d’envergure.

Il est évident qu’un grand travail de pédagogie est à réaliser auprès des utilisateurs: dans le cas des Abeilles, chaque prestataire a été rencontré trois fois avant son adhésion.

Alors fonte ou pas fonte ?

La question de la fonte ou de ses modalités fait l’objet de nombreux débats dans la plupart des projets de MLC, au point parfois de créer une véritable scission au sein du projet comme ce fut le cas dans l’histoire de La Muse à Mûrs-Erigné, il ne doit donc pas être négligé. Chaque expérience de MLC est donc invitée à se positionner, ne serait-ce que pour l’intérêt pédagogique d’un tel débat.

Le premier inconvénient perçu dans la mise en œuvre d’un système de fonte vient d’un rajout de complexité, frein à la promotion d’un projet de MLC déjà compliqué à défendre, rebutant les nouveaux adhérents, et trop lourd techniquement à mettre en place. Les partisans de la fonte reconnaissent la complexité mais insistent sur la pertinence des constats et des conclusions de Silvio Gesell, ainsi que l’intérêt pédagogique d’un tel système. Sortir par là même du conditionnement du prix le plus bas et accepter par un changement d’état d’esprit de payer le juste prix.

On oppose également au système de fonte son effet incitatif à la consommation, contraire à la philosophie de la décroissance ou à la notion de « la sobriété heureuse » de Pierre Rabbhi. Pour ses partisans, la fonte ne pousse pas nécessairement à consommer plus, mais à consommer plus dans le réseau et moins ailleurs. Il est intéressant de noter que La mesure de Roman et l’Abeille de Villeneuve Sur Lot, très proches respectivement de ces mouvements de pensée ont choisi un système de fonte.

On observe enfin comme blocage à la mise en place d’un système de fonte, la mécanique de versement de cette contribution à % déterminé (1%, 2%, 3%…) et à échéancier fixe (tous les mois, tous les 3 mois, tous les 6 mois…) qui entraîne le sentiment d’une « patate chaude » qu’on cherche à se refiler avant la date butoir et qui finit par être essentiellement payé par les commerçants (témoignage de la Luciole en Ardèche qui n’a pas mis en place de système de fonte). Pour les partisans d’un système de fonte à date fixe, l’accumulation dans la caisse des commerçants de billets en limite de « péremption » n’est pas plus un problème que dans le cas des tickets-restaurants: dans les deux cas, on assiste à une augmentation « opportuniste » du chiffre d’affaire (témoignage du Chimgauer en Allemagne dans le film la double face de la monnaie).

Le Sol Violette à Toulouse a expérimenté un système de fonte dit glissante grâce notamment au suivi organisé des billets. Seul l’usager (consom’acteur ou prestataire) qui garde la MLC plus de 3 mois paie la fonte. A chaque fois qu’un billet change de main entre ces agents économiques, la date est inscrite au dos du billet prolongeant ainsi la date de péremption de 3 mois, le suivi des billets garantit la validité de ces inscriptions. Si ce mécanisme favorise la circulation et évite l’effet « patate chaude », la somme des contributions ainsi dégagée est néanmoins bien plus faible que pour une fonte fixe. Dans ce projet la fonte est réinjectée dans le réseau via l’épaulement d’une action solidaire voté par l’assemblée et non affecté au fonctionnement.

Dans les deux cas l’attribution du produit de cette fonte ou contribution est décidé collectivement et permet de soutenir des projets d’intérêt collectif ou d’être une ressource financière supplémentaire pour le fonctionnement de la MLC.

Quelques références :

L’idée d’une telle monnaie fut mentionnée en 1916 par Silvio Gesell dans son ouvrage L’Ordre économique naturel http://fr.wikipedia.org/wiki/Silvio_Gesell.

Définition monnaie fondante sur Ekopédia http://fr.ekopedia.org/Monnaie_fondante

Vidéo interview en anglais de Hugo Godschalk, économiste et consultant sur les monnaies complémentaires et monnaies privées à Frankfurt (Allemagne) aborde la question de la fonte de la monnaie, appelée « demurrage » en anglais.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedde

 

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